Laisse-toi aller, Bellatrix, laisse toi aller...
Isabella
POV
Décidément,
cette femme était vraiment sur le qui-vive. Venceslas l’aurait-elle mise en
garde ? Impossible. Il ne pouvait pas deviner que j’avais l’intention de
dire deux ou trois mots à son épouse, c’était tout simplement inconcevable. A
moins qu’il ne soit doté du pouvoir de Keblin consistant à lire dans les
pensées… Ce qui était tout bonnement impensable. Bref, il allait falloir
continuer mes mensonges. Toujours est-il que je devais à nouveau sortir une
phrase préparée à l’avance, pour sa question des plus pertinentes. Je ne t'ai
jamais vue dans les cuisines, ou dans mon cercle de domestiques, Isabella de
Jubilee. Quel est ton rôle ici ? Et quels sont tes relations avec mon époux
exactement ?
« Votre Majesté, je suis une aristocrate, qui fait partie de la
cour impériale. De plus, je suis plutôt proche de Sa Majesté Venceslas… Je l’ai
connu enfant, à vrai dire. Lorsque Sa Grandeur a besoin d’aide ou de conseil…
Il se dirige souvent vers moi. Sauf pour ce qui est du domaine politique, bien
sûr, je n’y connais goutte. De ce fait, Venceslas m’a fait part de ses
inquiétudes, vous concernant, comme je le disais. A vrai dire… J’étais absente
ces dernières semaines, donc je pense qu’il est à peu près normal que vous ne m’ayez
jamais vue. »
Sur ces mots, j’ouvris la porte de sa chambre, et lui montrai l’au-dehors.
« Vous devriez mettre le nez dehors ! Vous êtes pâle comme un linge, vous finirez
terne à ne pas sortir un peu sous le soleil. Vous êtes déjà si jolie, avec
quelques couleurs, vous serez renversante. »
Peut être n’arriverai-je pas à la mettre en confiance. Dans ce cas,
cela risquait fort de faire capoter tout mon plan. Donc je décidai de prendre
une position un peu plus modeste, histoire de lui faire sentir qu’elle m’était
supérieure, et ainsi flatter son égo. Au lieu de lui tendre la main, je restai
en retrait, en baissant la tête. Ainsi, j’espérai qu’elle me prenne enfin au
sérieux, et se lâche.